03 décembre 2008
Les légumes clandestins parlent
Elle est rouge, allongée, courbée comme une corne de vache, d'où elle tire son nom. « Succulente, la cornue des Andes reste illégale, malgré la décision de la Commission européenne », à la mi-novembre, d'autoriser la vente des légumes dont la forme n'est pas parfaite, dénonce Raoul Jacquin. Son association, Kokopelli, qui cultive la tomate-piment dans le Minervois, défend les semences de légumes « rares ». Et déplore que Bruxelles n'ait pas étendu son raisonnement à ces fruits et légumes.
Comme la courge de Siam ou la tomate noire de Crimée, la tomate-piment n'est tolérée que dans les jardins amateurs. En janvier, Kokopelli a même été condamné pour « concurrence déloyale », pour avoir vendu des graines non inscrites au catalogue national des espèces et variétés du Groupement national interprofessionnel des semences et plants (Gnis). Le catalogue a été créé en 1932, « à la demande des professionnels », comme le rappelle Christian Saber, du Gnis, « afin d'être sûrs de l'identité des semences qu'ils achètent ». L'inscription d'une variété est très contraignante, « il faut qu'elle soit distincte, nouvelle et qu'elle apporte un avantage agronomique ». Elle doit aussi répondre à des critères de stabilité et d'homogénéité génétique. Pour Nicolas Supiot, président du réseau Semences Paysannes, « les variétés sont sélectionnées pour des objectifs productivistes. Stables génétiquement, ce ne sont pas des semences qui s'adaptent au territoire, c'est le territoire qui doit s'adapter à ces semences, à grand renfort d'engrais et de pesticides. » Mais Kokopelli est optimiste : si l'Etat fait encore la sourde oreille, « l'idée d'un autre type d'agriculture fait son chemin dans la population ».
Louis Moulin - ©2008 20 minutes
20 Minutes, éditions du 03/12/2008 - 06h49











